APOLIMER
Faire de la Planète bleue un commun pour éviter son naufrage: une utopie ?

 

 

Chercheurs sans frontières pour l'habitabilité de la Planète - Groupe de recherche sur les politiques et la gestion environnementales - Collectif pour inverser les trajectoires insoutenables  

 

"La ‘soutenabilité’ est le rêve de transmettre une terre habitable aux générations futures, humaines et non-humaines. Mais le terme est également employé pour dissimuler des pratiques destructrices, et cette utilisation est si répandue que le mot me fait la plupart du temps à la fois rire et pleurer. Pourtant, il y a des raisons de rêver, d’objecter, et de se battre pour des alternatives. Dans cet article, plutôt que de critiquer le mot, je vais le prendre au sérieux, et le réaffirmer comme un argument radical face à une pratique hégémonique."

Résurgence holocénique contre plantation anthropocénique

Anna Tsing, Traduit de l’anglais (USA) par Dominique Quessada

Dans Multitudes 2018/3 (n° 72), pages 77 à 85

Aquacalypse no(w) ! 

APOLIMER, c'est un groupe de chercheur.e.s inter- et transdisciplinaire, basé en France et connecté à un réseau international, qui prend au sérieux la notion d'aquacalypse (Pauly, 2009) dans le cadre du dépassement des limites planétaires (Röckstrom et al., 2009). Il interroge la capacité des sociétés humaines à faire - ou non - de la Planète bleue, un commun, à commencer par l'Océan. Ainsi, il s'engage dans la réflexion et l'action sur la transformation vers la soutenabilité, pour contribuer à inverser les trajectoires insoutenables, au-delà des injonctions et déclarations normatives (Mazé, 2020). Ce groupe, sans frontières disciplinaires ni géographiques, est constitué d'une petite équipe motrice de chercheur.e.s en sciences humaines et sociales, orientée sciences sociales du politique (le Groupe One) et adossé.e.s à un réseau évolutif d'experts venant de diverses diciplines (le Vivier). 

Pour cesser d'"abîmer la Terre" et pour parvenir à la "réparer" comme nous y sommes régulièrement appelé.e.s, nous pensons qu'il faut diagnostiquer, grâce à une interdisiplinarité solidement ancrée dans les racines disciplinaires, les trajectoires insoutenables (Mazé, 2020) que nous faisons suivre, aujourd'hui encore, à grand nombre de socio-écosystèmes. Nous sommes convaincus qu'il convient d'interroger la notion de transformation vers la soutenabilité elle-même, pour parvenir à la mettre efficacement en oeuvre. Et nous sommes persuadés que les Humanités environnementales ont ici un rôle fondamental à jouer.

Soutenabilité... Concept théorique, mythe social, réalité pragmatique, injonction normative, cause militante, utopie performative ? Pour éclairer cette question importante qui concerne à la fois le social et l'écologique, nous avons entrepris d'entrer dans la fabrique sociale du "gouvernement de la Nature", à travers la catégorie émergente de "gouvernance des mers et des océans", aujourd'hui brandie comme la solution en vue de leur "gestion durable". 

Nous avons fait le constat de la prolifération de concepts et d'initiatives, de raccourcis qui sèment la confusion (que veut dire "gouvernance durable"?), de l'émergence de nouvelles formes d'action déconnectées de la conscience de leur effets - ou non effets - symboliques. Nous avons ainsi décidé de mener une recherche inter- et transdiciplinaire en nous déployant sur des territoires fragiles, vunérables, menacés ou abimés, pour identifier les leviers et les blocages à la transformation socio-écologique - en mettant le politique au coeur de nos travaux.

A partir d'études ethnographiques, interdisciplinaires et sur le temps long, en symbiose avec les territoires sur lesquels nous intervenons, aux côtés des communautés humaines et non-humaines qui les peuplent, nous avons entrepris de déployer nos travaux hors laboratoire, tout en explorant le politique en train de se faire, pour retracer les usages ou mésusages qu'il fait des savoirs disponibles.

Le rôle du chercheur investi dans le champ des "sciences de la durabilité" est donc lui-même à questionner, à travers la dimension éthique de son implication ou ingérence auprès des décideurs, des gestionnaires, des communautés, ainsi que dans la dimension sociale et écologique de l'impact de ses pratiques et qui le plongent aujourd'hui dans une troublante dissonance cognitive. Comment pratiquer une recherche soutenable en résonance avec les valeurs et impératifs de la soutenabilité ?

A partir du cas de la mer, particulièrement brûlant aujourd'hui dans le contexte du changement global, nous interrogeons de manière critique et constructive, les formes de gouvernement et de gestion de "la Nature", comme il convient de le faire pour tous les milieux: les forêts, les plaines, les eaux continentales, les montagnes ou les villes... L'enjeu est de répondre, de manière aussi pragmatique et intégrée que possible, au plus près des populations qui peuplent les écosystèmes - humains et non-humains -, aux défis symboliques et pratiques posés aux "politiques de la Nature" par l'Anthropocène aujourd'hui. 

Ecologie décoloniale - Développement durable - Durabilité - Soutenabilité - Décroissance - Croissance verte - Illusion - Utopie - Inertie - Aporie - Catastrophisme - Solastalgie - Fascisme vert - Conscience - Responsabilité - Droits - Devoirs - Démocratie - Idéologie - Science -Croyances - Religion - Gouvernance - Socio-écosystèmes - Gestion - Grand partage Nature / Culture - Interface Science / Décision - Dichotomie Ecologie / Economie - Tension Exploitation / Conservation - Construction sociale - Cosmogonie - Solidarité écologique - Justice environnementale - Autochtonie - Systèmes complexes - Résilience - Résistance  - Ethique - Justice - Luttes - Lobbies - Action publique - Mobilisation - Economie bleue - Capitalisme - Révolution - Extinction - Rébellion - Conflits - Système - Buisness as usual - Transformation - Etats - Identités - Nations - Peuples - Coalitions - Migrations - Trajectoire - Anticipation - Restriction - Retrait- Paix - Guerre - Vie - Mort 

Laurie Hogin, Watering Hole (Social Species in the Late Anthropocene), 2017  | Hashimoto Contemporary

Credit: LAURIE HOGIN WATERING HOLE (SOCIAL SPECIES IN THE LATE ANTHROPOCENE)2017 oil on canvas 26 1/2 x 32 in. 67.31 x 81.28 cm

 ANTHROPOLOGIE - ECOLOGIE - SCIENCE POLITIQUE - HISTOIRE - GEOGRAPHIE CRITIQUE - CHIMIE - SOCIOLOGIE DES SCIENCES - BIOGEOCHIMIE - DROIT DE L'ENVIRONNEMENT - ECONOMIE - SCIENCES DE GESTION - POLITICAL ECOLOGY - COMMUNICATION - BIOLOGIE - PHILOSOPHIE - GEOPOLITIQUE - CLIMATOLOGIE - SCIENCES COGNITIVES - MEDECINE - MODÉLISATION MATHÉMATIQUE - SAVOIRS AUTOCHTONES ET LOCAUX - ARCHITECTURE - LITERATURE -  DESIGN - PHYSIQUE ... APOLIMER... 

Un trait d'union nécessaire entre les disciplines scientifiques et toutes autres formes de savoirs... Un interface entre les chercheurs, les décideurs, les militants, les représentants des communautés, les gestionnaires de ressources naturelles, les acteurs privés, les habitants des territoires... Un laboratoire à ciel ouvert pour dépasser le clivage Nature / Culture socialement construit et dessiner ensemble des trajectoires soutenables

Pour une science fondamentale contribuant à la transformation socio-écologique

APOLIMER combine les expertises disciplinaires en respectant leurs spécificités tout en les combinant dans une démarche interdisciplinaire elle-même transférée vers la société à travers des échanges transdisciplinaires. Les chercheurs investis dans cette dynamique sont issus d'horizons et de nationalités différentes. Ils ont une forte expérience de terrain, que ce soit auprès des communautés locales et autochtones, des décideurs, des acteurs privés ou des gestionnaires d'écosystèmes et de ressources natuelles. Cette expertise leur permet de produire des connaissances utiles à la transformation vers la soutenabilité en tenant compte à la fois des contextes écologiques et sociaux et en questionnant le concept de soutenabilité lui-même de manière critique et aussi constructive que possible.

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