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COSMOS Étape par étape - Une méthodologie basée sur la prise en compte de la complexité

COSMOS Étape par étape - Une méthodologie basée sur la prise en compte de la complexité

Pour une méthodologie hollistique fondée sur une cosmogonie de la complexité  

Le « grand partage » entre nature et culture (Charbonnier, 2015 ; Descola, 2006), historiquement identifié par les sciences sociales à propos de l’Occident, est aujourd’hui en grande partie tenu pour responsable de la situation écologique et sociale critique dans laquelle nous nous trouvons. S’il n’a pas d’existence pertinente pour l’écologue, il en a pour le sociologue wébérien et durkheimien, alors même qu’il n’a pas toujours existé en science et en société. C'est dans cet esprit que nous avons ainsi mis au point une méthode holistique (COSMOS), qui nous permet de révèler les "trajectoires insoutenables" (Mazé, 2020), grâce à un double diagnostic socio-anthropologique et écologique systématique et d'identifier les leviers et les blocages pour les inverser. A partir des terrains locaux, nous observons la manière dont les inititiaves globles sont déclinées - ou non (Objectifs Développement Durables de l'ONU). Du concept de socio-écosystème, de territoire ou d'éco-régions aux découpages administratifs effectifs, des arènes de décision internationales aux commmunautés territoriales, nous explorons la construction et la mise en oeuvre des rapports politiques à "nos environnements". 

La notion de Communs est régulièrement brandie comme une solution pour relever les défis socio-écologiques auxquels nous avons aujourd'hui à faire face. Le Groupe One interroge la notion de Commun au sein des d'une pensée des systèmes complexes, il retrace sa pertinence scientifique et rend compte de sa construction sociale, il mesure son rôle et son efficacité comme levier de transformation vers la soutenabilité, en interrogeant cette notion elle-même de manière critique. Il met l'accent sur le rôle du politique et du pouvoir dans les blocages dans la transformation, en recoupant les enjeux sociaux et les enjeux écologiques. Pour ce faire, le Groupe One s'entoure d'un très riche Réseau de collaborateurs (le Vivier). Cet ensemble constitue l'écosystème APOLIMER.Le groupe One constitue l'équipe motrice d'APOLIMER, celle qui fait vivre la dynamique du groupe au quotidien à La Rochelle et au-delà des frontières, disciplinaires, générationnelles, culturelles et géographiques.

Il a été créé dans l'objectif de renforcer la place des Sciences sociales et en particulier de l'anthropologie politique dans les sciences de l'environnement pour contribuer de manière critique aux Sciences de la soutenabilité, à partir d'observations ethnographiques menées sur différents chantiers ouverts. Le groupe One porte l'esprit et utilise les outils des Humanités environnementales, tout en étant capable de convoquer et de mobiliser régulièrement et rapidement des experts d'autres disciplines sur les terrains où il se déploie, afin de diagnostiquer les trajectoires insoutenables et de proposer des pistes pour les inverser. Pour ce faire, le Groupe One investigue la construction sociale des "communs" ou plutôt l'inertie, l'incapacité à s'organiser socialement pour faire de la Planète bleu un "commun" - au-delà des petites échelles et des groupes sociaux organisés autour de leur intérêt général, le Groupe One explore l'incapacité collective à se transformer, les formes de résistance au changement, la fabrique sociale de l'inaction en faveur de la transformation vers la soutenabilité, dans le but d'identifier les leviers pour y remédier. Il s'attache à retracer la production des catégories analytiques et normatives liées à la soutenabilité, en analysant sur la base d'un diagnostic social et écologique croisé, les capacités des individus et des groupes sociaux organisés à en faire - ou non - de nouvelles catégories d'intervention publique, effectives et efficaces pour maintenir la vie sur Terre.

Au cœur de la démarche méthodologique COSMOS élaborée à partir de 2015 (Mazé et al., 2015) se trouve notre volonté de mener des recherches ethnographiques interdisciplinaires sur le terrain et sur le long terme. Nous nous déployons sur différents écosytèmes où les humains sont présents et cohabitent avec d'autres espèces vivantes en plus ou moins bonne intelligence. Pour qualifier cet enchevêtrement des relations entre les humains et leurs environnements, le terme de socio-écosystème est aujourd'hui largement utilisé dans la littéraure spécialisée. Nous mettons ce concept, comme bien d'autres, à l’épreuve de l'empirique, en concevant des programmes de recherche qui s'étendent sur plusieurs années, permettant une description dense (Geertz, 1973). 

En entrant par la porte des territoires marins vulnérables, nous voulons comprendre quels facteurs permettent ou non la transformation vers la durabilité (Olson et al, SRC).

Un précurseur 

Humboldt, au XIXe siècle, fondateur de l’écologie moderne, nous le rappelle à travers la vision décloisonnée qu’il nous donne à voir du monde et des sciences, dans Cosmos. Esquisse d’une description physique du monde (Humboldt, 1855) ; un décloisonnement qui permet d’appréhender la complexité du monde et qui explique son retour en grâce aujourd’hui (Wulf, 2017 ; Latour, 2017), face à la nécessité d’oser affronter la complexité, entre ordre et désordre (Morin, 2008), entre humain et non-humain (Latour, 1999). Ainsi, des anthropologues ont étudié des cas concrets de communautés pour lesquelles cette distinction ne fait aucun sens (Kohn, 2017 ; Descola, 1996 & 2005) tant elles dressent, à grands coups d’antonymes, des frontières propres à notre cosmogonie, entre nature et culture, sauvage et civilisé, primitif et moderne, exotique et européen, autochtone et immigré, humain et non-humain, bref, entre nous et les autres… où l’autre est souvent l’enfer… qui plus est dans le contexte social et écologique actuel.

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Quoi de plus inspirant dès lors que, Cosmos, l'ouvrage fondateur de Humboldt, qui visait déjà à "décrire la totalité des phénomènes célestes et terrestres rapportés à la planète en employant une langue élégante. Cette œuvre est la fois scientifique, littéraire et philosophique. Les deux premiers – et principaux – des cinq volumes sont publiés en 1845. Son auteur, le baron prussien Alexander von Humboldt (1769-1859), y intègre toutes les observations qu’il a pu effectuer lors de ses voyages sur plusieurs continents, ses recherches géographiques mais aussi physiques, géologiques, magnétiques, météorologiques, botaniques et même linguistiques et ethnographiques. Cosmos, un des ouvrages fondateurs de la géographie moderne, analyse aussi les relations que l’homme entretient avec la nature depuis l’Antiquité." (J. Grange, Encyclopédie Universalis). Il inspire profondément la méthode COSMOS élaborée sur cet héritage scientifique, philosophie et culturel (Mazé, 2020). 

 

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Pour des enquêtes ethnographiques interdisciplinaires sur le temps long

La première étape de nos enquêtes consiste en des entretiens et des observations ethnographiques réalisés en étroite collaboration avec des chercheurs en sciences sociales et naturelles.

Concrètement, ces enquêtes sont menées dans des institutions politiques et administratives, dans des organisations professionnelles et syndicales et auprès d'experts en ingénierie écologique, de militants naturalistes et de représentants d'ONG. Autant de lieux pertinents où se produisent les connaissances en matière d'écologie et de pensée résiliente, intégrée comme cela était déjà le cas par le passé. 

Couplage de réseaux

Sur la base d'études de cas de plusieurs socio-écosystèmes, notre objectif est de mettre en évidence la nature et le poids des relations (de pouvoir) entre les acteurs humains et non humains dans le processus décisionnel de la gestion environnementale.

Ceci devrait nous permettre d'identifier et de mesurer le poids respectif des références et arguments scientifiques, écologiques et sociaux (symboliques et socio-économiques). Plutôt que de considérer les acteurs comme les seuls protagonistes de la gouvernance, nous reconnaissons que les composantes écologiques participent également en tant qu'acteurs non-humains capables d'influencer ou d'orienter le processus décisionnel (espèces, y compris les animaux et les plantes marines ainsi que les habitats).

 En particulier, quel est le poids des compartiments écologiques dans la prise de décision ? Qu'est-ce que cela nous apprend sur la prise en compte du paradigme de la durabilité et le positionnement des acteurs en fonction de leurs positions sociales, intérêts et valeurs ?

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En couplant les données entre acteurs humains et non-humains, notre objectif est de mettre en évidence qui (acteur humain) valorise quoi (non-humain) et comment les composantes écologiques influencent le processus de décision, tout en essayant de quantifier les relations de pouvoir autour de ce processus de décision - fabrication.

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Lexique des concepts clef

Lexique des concepts clef

Systèmes sociaux-écologiques

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Systèmes sociaux-écologiques

Les systèmes socio-écologiques (SES) sont au cœur même des réflexions et recherches sur le terrain du groupe One et du réseau Apolimer. Le cadre des SES est un cadre analytique qui a été proposé pour représenter les relations entre la nature et les humains.

Dans la perspective des SES, les sociétés humaines et leur environnement sont représentés comme des systèmes imbriqués. Par conséquent, une caractéristique particulièrement importante de ce cadre est de rendre possible la représentation des interdépendances socio-écologiques en tant que liens relationnels entre les composants humains et non-humains du système. 

Gestion adaptative

Partant du constat de l'incapacité des sociétés à prendre en compte la nature complexe des systèmes socio-écologiques (SES) et à résoudre le problème de leur évolution constante, les chercheurs en sciences de la durabilité plaident de plus en plus en faveur de la nécessité d'une transformation des systèmes de gestion et de gouvernance des SES.

Ainsi, à travers les concepts de gestion adaptative ou de gouvernance adaptative, ils proposent de nouveaux schémas de gestion composés d'un ensemble de principes normatifs visant à transformer les régimes de gouvernance des SES.

La recherche menée dans le cadre de l'observatoire Apolimer vise à procéder à un refroidissement théorique de ces notions, et à étudier empiriquement leur développement et leur utilisation dans les sociétés pour mieux comprendre leurs enjeux socio-politiques. 

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La gouvernance socio-écologique

Le système de gouvernance d'un SES peut être décrit comme le système d'acteurs, d'institutions et de normes impliqués dans les processus décisionnels influençant la gestion d'un SES.

Ainsi, les systèmes de gouvernance, et la manière dont ils évoluent, influencent les trajectoires des SES. S'engager activement dans la gestion adaptative de ces SES vers la durabilité est donc un défi en termes de gouvernance. Un des objectifs d'Apolimer est d'étudier les relations de pouvoir qui façonnent le fonctionnement des systèmes de gouvernance des SES.

En construisant des connaissances autour de la notion d'écart de pouvoir, nous concentrons notre recherche sur le pouvoir comme facteur essentiel permettant ou empêchant la transformation des SES.

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Solidarité écologique

Le concept de solidarité écologique est introduit en France par la réforme des parcs nationaux en 2006, sans pour autant lui donner de définition. L’idée de ce concept est de redonner une certaine cohérence entre le parc national et les territoires environnants, en permettant une solidarité entre le cœur du parc et l’aire d’adhésion par le biais d’un projet de territoire.

Dix ans plus tard, des travaux de recherche proposent une définition de la solidarité écologique en tant que concept. C’est notamment le cas de Raphaël Mathevet, écologue et géographe au CNRS, qui définit la solidarité écologique comme : « l’étroite interdépendance des êtres vivants, entre eux et avec les milieux naturels ou aménagés de deux espaces géographiques contigus ou non ». Il distingue alors deux types de solidarité écologique : celle qui existe de fait, « la communauté de destin » entre l’homme, la société et son environnement et celle dite d’action, qui consiste à entrer dans le « vivre ensemble » et à reconnaître la solidarité écologique de fait.

En droit français, la solidarité écologique est élevée au rang des principes fondamentaux du droit de l’environnement avec la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Ce principe est alors inscrit à l’article L 110-1 II 6° du code de l’environnement et formulé ainsi : « Le principe de solidarité écologique, qui appelle à prendre en compte, dans toute prise de décision publique ayant une incidence notable sur l'environnement des territoires concernés, les interactions des écosystèmes, des êtres vivants et des milieux naturels ou aménagés ». L’objectif avec ce principe est alors - dans l’idéal - de s’assurer que les interactions sont reconnues par le législateur et surtout mieux prises en compte dans les décisions portant sur l’aménagement du territoire en limitant les impacts des projets sur l’environnement.

 

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Néanmoins, tel que formulé dans la loi, le principe comporte certaines limites et mériterait une reformulation plus ambitieuse pour garantir son efficacité. En effet, il s’avère qu’aujourd’hui, aucune législation, ni aucune décision de justice ne s’est encore fondée sur le principe de solidarité écologique. C’est pour cette raison que des réflexions prospectives sont actuellement menées par un groupe de travail consacré à la solidarité écologique, sous la coordination d’Agnès Michelot et composé de juristes spécialisés en droit interne et en droit international, d’anthropologues du droit et d’une politiste.

Le principe de solidarité écologique redéfini pourrait alors servir de levier de transformation vers la soutenabilité, en levant les blocages du passage à l’action dans les politiques publiques et ceci dans une approche intégrée des enjeux environnementaux.